mardi 7 juillet 2015

Fermé pour cause de canicule

ça aurait pu être un titre joyeux annonçant l’été, ce bel été comme l’a peint Alexandre Calame en 1849, mais non, c’est la sentence tombante et injuste, le présumé coupable étêté aussi sèchement, passant de victime à condamné, portes closes, tout le monde dehors, il ne pleut pas, il n’en peut plus.

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Le Musée d’Art et d’Histoire de Genève a fermé ses portes. Heureusement, ce n’est pas définitif et il s’agit là d’un évènement rare lié à la canicule que nous subissons actuellement. Le musée étant ce qu’il est, une honorable vieille bâtisse de 105 ans, il n’est plus en mesure d’offrir des conditions de visite et de travail acceptables. Le désert de Gobi aux Beaux-Arts: la cascade de Pissevache peinte par François Diday est asséchée, les Ferdinand Hodler roussissent en plein cagnard. Qu’est-ce qu’une œuvre d’art si elle ne peut avoir comme seul public que le mur d’en face ? N’y a-t-il pas là un échec de la société, un plantage commun dont nous sommes tous responsables ? À quoi bon l’art si on est incapable de le rendre accessible ?

Voilà des mois, que dis-je, des années que se discute l’avenir de ce musée. D’une généreuse donation ainsi que d’un prêt conditionnel, aux lubies stériles de gens qui refusent de voir évoluer ce bâtiment pour le faire entrer dans le XXIe siècle, on tournicote, on gesticule, on fait du vent, beaucoup, mais malheureusement pas suffisamment pour rafraichir les salles d’expositions rue Charles Galland.

Mais qu’est-ce qu’un musée si ce n’est un écrin pour les œuvres qui y sont exposées ?

Voilà la vraie question. À force de tout classer, tout protéger et ne rien vouloir changer, on a sacralisé le moindre caillou de la ville. Oh oui, c’est vrai qu’il est beau ce musée, sa façade majestueuse, son grand escalier et ses vitraux colorés, mais a-t-on oublié pourquoi il a été construit ? Ce n’est pas une cathédrale ou un tombeau égyptien, passage obligé vers l’immortalité. Le musée est un vaisseau qui permet de voyager à travers la collection d’œuvres d’art exposé, de l’apprécier, de l’étudier et de la comprendre, il est là uniquement pour nous offrir la meilleure expérience muséale possible, rien d’autre.

Or, il faut composer avec ça, ce monument genevois a été construit à une époque où, pour attirer le public, la magnificence comptait autant que les œuvres exposées. On était en 1910, l’éclairage se voulait "naturel", la conservation de l’énergie n’était qu’une vague notion à venir, le clampin qui aurait eu l’idée de fournir des audio guides aux visiteurs aurait été condamné au bucher pour sorcellerie, même en terre protestante ^^

Et 105 ans passèrent...

L’Atelier Jean Nouvel, on aime ou l’on déteste. Moi même j’avoue ne pas avoir tout le temps un avis positif  sur les créations du bureau d’architecture parisien, mais en ce qui concerne le projet du Musée d’Art et d’Histoire de Genève, on est bien obligé d’admettre qu’il est séduisant. Sans dénaturer le bâtiment, il propose d’agrandir les espaces par le développement de nouvelles salles souterraines, l’ajout d’une verrière qui recouvrirait la cour intérieure. Il y serait construit un étage supplémentaire plaçant le sol au niveau de l’entrée principale ainsi que la mise en fonction d’ascenseurs. Les salles seraient rénovées (et climatisées), l’éclairage adapté autoriserait des visites nocturnes, la liste des améliorations/évolutions est considérables et permettrait enfin de disposer d’un lieu de culture et d’exposition à la hauteur des œuvres exposées.

Mais non, la réaction épidermique de certains à Monsieur Nouvel additionnée de cette fâcheuse volonté à vouloir cristalliser le monde dans une temporalité dépassée flinguent l’art et son enseignement. Elles détruisent les espoirs et découvertes des futurs visiteurs qui ne viendront pas. Le bonheur de dénicher un nouvel artiste ou une œuvre, ce sentiment de perdition total qu’on peut ressentir face à un tableau qui nous touche, tout ce temps gâché parce qu’on a oublié de quoi on parlait.

Un musée ne devrait jamais être fermé, il devrait être un lieu ouvert, de rencontre dans lequel se croise, déambulant, l’avenir et le passer.

On devrait tous faire preuve d’abnégation quand on parle de l’avenir d’un musée. Ce qui compte vraiment, ce n’est pas de savoir s’il faut conserver oui ou non une vieille fontaine et un carré de pelouse au centre d’un bâtiment centenaire, mais ce qu’on veut transmettre à nos générations futures: une grande et belle collection d’œuvres d’art, mise en lumière magnifiquement la rendant accessible et compréhensible par le plus grand nombre. Un musée moderne offrant tous les aménagements, sécurités et conforts utiles, qui saura nous guider dans de bonnes conditions jusqu’aux œuvres et qui saura s’effacer le moment venu pour laisser le visiteur dialoguer avec Ferdinand, Gustave, Félix, Jean-Etienne et tellement d’autres qui ont tant à nous raconter.

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Liens utiles

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Références Musée d’Art et d’Histoire, Genève

Étude de composition pour "L’Été" par Alexandre Calame
http://www.ville-ge.ch/musinfo/bd/mah/collections/detail.php?type_search=simple&lang=fr&criteria=%22l%27%C3%A9t%C3%A9%22&terms=all&page=1&pos=7&id=1295974

Portrait de Jean-Jacques Rousseau par Maurice Quentin de La Tour
http://www.ville-ge.ch/musinfo/bd/mah/collections/detail.php?type_search=simple&lang=fr&criteria=Portrait%20de%20Jean-Jacques%20Rousseau%20(1712-1778)&terms=full&pos=1&id=1269103

Portrait de femme à la jacinthe par Jean-Etienne Liotard
http://www.ville-ge.ch/musinfo/bd/mah/collections/detail.php?type_search=simple&lang=fr&criteria=liotard&page=10&pos=109&id=1268480

Autoportrait par Ferdinand Hodler
http://www.ville-ge.ch/musinfo/bd/mah/collections/detail.php?type_search=simple&lang=fr&criteria=hodler&page=86&pos=1022&id=1293376

Cascade de Pissevache par François Diday
http://www.ville-ge.ch/musinfo/bd/mah/collections/detail.php?type_search=simple&lang=fr&criteria=cascade&terms=all&page=3&pos=32&id=1281871

vendredi 3 juillet 2015

Eugène et Mathilde par Michel Sétan

Je lis beaucoup (trop), des fait d'actualités, sur le web, des livres, la plupart du temps techniques, artistiques, de substances encyclopédiques, des revus les plus diverses, mais je dois avouer que dans ma vie, je n'ai lu que très peu de roman et jusqu'à il y a peu, jamais de roman historique.

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Le récit se déroule en France durant la Restauration. Pour ceux qui ne connaitrait pas (comme moi avant ^^), il s'agit d'une période trouble débutant juste après l'exil de Napoléon 1er sur l'île d'Elbe suite à la désastreuse bataille de Leipzig, et la remonté de Louis XVIII sur le trône (d'où la terminologie de "restauration de la royauté" ou "restauration de la monarchie") en gros, il s'agit d'une recapitation monarchique après que le peuple ait étêté ses souverains pour en tester d'autres. (La France, le cycle de la vie ^^)

Bref, deux mondes se retrouvent contraints de cohabiter: les royalistes et les impérialistes. D'une certaine façon, l'Ancien et le Nouveau Monde. Le roi souhaite l'union de ces deux noblesses et par là, espère assurer son pouvoir autant sur les royalistes que sur les bonapartistes. Période délicate de l'histoire et un peu délaissée par les historiens.

Eugène et Mathilde sont issus de deux familles que tout oppose. Eugène est un riche et jeune dandy qui profite de la fortune colossale que son père, le baron Goulard, a amassé sous Napoléon grâce au commerce de chevaux. Mathilde est une jeune fille de bonne famille, cadette du Marquis de Saint-Ivy, famille reconnue et estimée au sain de la cour royale, mais dont des années d'exil sous l’empereur ont considérablement altéré fortune et train de vie.

D'une rencontre lors d'un bal donné par le roi au Tuilerie, les destins de ces deux familles se fracasseront ensemble aux murailles de l'histoire de France et par la force des choses, se retrouveront dans une aventure traversant mers et continents au grand galop.

Ce roman est étonnant. Un ami me l'avait conseillé et sans trop savoir, je me suis mis à le dévorer chapitre après chapitre chaque soir assis dans mon fauteuil en cuir éclairé par une superbe lampe Tiffany (mdr) :P

Étonnant ? Oui, surprenant même. De par son titre je m'attendais à une hypothétique histoire sentimentale mielleuse et mollassonne, autant dire que je me suis planté. Une histoire il n'y en a pas une, mais deux. La première, celle de deux jeunes gens qui se rencontre, et la seconde, la principale à mes yeux, celle qui traverse l'histoire de France en carrosse et en frégate, tentant de ne pas se faire happer par les méandres historiques (et bonapartiste^^) de l'époque.

J'ai réellement aimé ce livre. Traverser la bataille de Waterloo de 1815, le même jour que la célébration de son bicentenaire en 2015, c'était magique. Je ne suis pas un lecteur rapide, je lis chaque mot de chaque phrase et l'écriture agréable et fluide m'a beaucoup aidé. Construit avec un vocabulaire riche, à la fois moderne et un peu désuet, les descriptions des ambiances, des personnages et des lieux étaient suffisamment précises pour créer un XIXe siècle vivant et réaliste. Je m'y suis plongé avec plaisir.

Il s'agit du premier roman de son auteur Michel Sétan. C'est frais, et incroyablement actuel, de quoi passer de bon moment durant cet été caniculaire :)

 


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Au lendemain de la chute de Napoléon, les Saint-Ivy et les Goulard se rencontrent lors d'un bal donné par Louis XVIII aux Tuileries.

Tout oppose les vieux aristocrates à peine rentrés d'exil et les riches roturiers anoblis sous l'Empire.

Pourtant, les soubresauts de l'Histoire forcent bientôt les deux familles à se rapprocher, jusqu'à lier irrémédiablement le destin de Mathilde, la cadette des Saint-Ivy, courageuse et romantique, à celui d'Eugène, dandy égoïste et coureur, fils unique des Goulard. Pour le meilleur et peut-être le pire...

Au fil du temps, des intrigues se nouent, des ambitions et des rancœurs se dévoilent. Les péripéties et les rebondissements s'enchaînent et s'entremêlent de Paris à Londres, des landes bretonnes aux rives de la Méditerranée, d'Alger la blanche aux champs de bataille d'une Grèce en révolte.

Autant qu'aux aléas d'une passion amoureuse, c'est au spectacle d'un monde qui s'achève que nous convie cette saga haute en couleurs, au gré d'une plume tout à la fois raffinée, piquante et nostalgique.

Diplômé de l'École du Louvre, Michel Sétan est coach culturel et historien d'art. Eugène et Mathilde est son premier roman.


Retrouvez son auteur, charmant, passionnant et passionné sur sa page facebook
https://www.facebook.com/michel.setan.officiel

815GRNeo0uLEt vous pouvez vous le procurer (le roman, pas l’auteur ^^) sur Amazon.fr
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