dimanche 22 juin 2014

Genève je te déteste, toi non plus

La cité de Calvin, la ville du bout du lac, le berceau du philosophe et écrivain Jean-Jacques Rousseau, cette citadelle qui fête dans cette année le bicentenaire de son entrée dans la Confédération helvétique, Genève, tu ne peux pas imaginé ô combien je t'ai détesté.

J'ai déjà évoqué le sujet sans réellement entrer dans le vif, pour pouvoir capturer un lieu, il faut s'en imprégner. Je suis né quelque part dans cette ville, quelque part à l'intersection du Rhône, de l'Arve et d'un immense lac nommé par un Romain célèbre il y a longtemps. J'ai tellement vu le Salève, les Voirons ou le Mont-Blanc que quand je me déplace, je me repère aux montagnes.  Durant mon apprentissage, j'ai arpenté répétitivement en bus et en tram les rues de la cité, la tête dans mes idées, me rendant tour à tour à l'école, puis à mon domicile, sans jamais regarder.

Quand j'ai commencé la photographie, je me suis d'abord fait les dents à Genève. C'était évident, la ville était là, directement accessible, disponible, prête â être saisie, posant comme une putain, s'offrant au regarde de quiconque serait capable de la payer le prix pour la photographier. Genève, tu étais là, mais moi non.

Tes voitures, tes chantiers, tes ciels balafrés par des câbles métalliques et autres hideux caténaires déchirant mon horizon étaient autant d'éléments qui m'empêchaient de te capturer. Pourquoi Paris est-elle si facile à photographier et pourquoi toi, te refuses-tu à moi ? Qu'attends-tu de moi?

Les villes sont des garces, elles ne nous comprennent pas, elles se rendent disponibles tout en imposant des limites, posant des obstacles pour nous empêcher de les entreprendre fougueusement, elles créent volontairement des déceptions, des frustrations, ça me rend fou, et pourtant jedanse.

Oui, je danse, on danse, tournoyant dans un tango incroyable. Photographier, c'est avant tout, trouver, découvrir le rythme, la fréquence de résonnance, respirer l'air jusqu'à ce qu'enfin on comprenne, on parle la même langue que la ville et enfin alors, on peut la prendre.

Il est difficile de capturer un lieu quand on en fait partie intégrante. Je l'ai découvert dès mes premières explorations urbaines. L'oeil neuf offre un regard vierge qu'il est difficile d'avoir quand on se trouve dans un lieu où la pierre suinte ses propres souvenirs. La grande difficulté consiste d'abord à faire abstraction de tout ce qu'on pourrait savoir ou ressentir pour le lieu qu'on photographie. Ce travail, long, est évidement inutile quand on ne connait pas la ville, dès lors, pourquoi s'imposer cette tâche difficile alors qu'il est si facile d'aller ailleurs ?

J'ai fini par comprendre que toutes les villes sont idéales. Il n'y a pas villes "laides" ou "belles" et tout, sont d'excellents sujets, le tout réside dans la manière de la regarder. J'ai dû apprendre à apprécier Genève pour la photographier. D'un habitant, utilisateur d'une ville "administrative" j'ai du devenir utilisateur d'une ville "à vivre". L'avantage avec une ville qu'on connait, c'est qu'on part déjà avec une bonne idée des lieux intéressants à visiter. On dispose naturellement d'un très bon guide pour la visiter, il faut juste savoir le lire différemment.

Depuis peu, j'ai entrepris de découvrir la ville et profiter des instants qu'elle nous propose. J'ai fini par accepter ce que la ville nous offres, des places, des ruelles, des ponts et des vieux hiboux perchés là, observant les passants chevauchant des bus sans leur prêter regard. J'ai commencé à apprendre à raisonner la même fréquence que la pierre verte des bâtiments austères de la réforme, j'ai juste commencé.

Parfois, prendre le temps de s'arrêter et regarder où l'on est, regarder les passants pressés, observer les ponts osciller aux passages des trolleybus, la lumière balayer les ombres des réverbères d'une rue construite sur l'eau, avoir froid sous une pluie battante, ce sentir vivre couché sur un banc d'une île portant le nom d'un philosophe, ce n’est pas si mal, essayez :)

image description

image description

image description

image description

Bel-air 11

image description

image description

image description

image description

L'Arve 3

image description

mardi 17 juin 2014

L'artiste est-il le maitre de ses oeuvres ?

Ayant fait mes études en Suisse, la notion de bac m'est parfaitement étrangère et je peux vous assurer n'avoir pratiquement jamais ouvert de livres de philosophie de ma vie. Je vous demanderais donc de faire preuve d'une certaine indulgence :) Cette année, l'un des sujets m'a inspiré et c'est la raison pour laquelle je décide de m'y confronter, quitte à exposer une vision qui ne correspondra peut-être à rien d'attendu.

Derrière cette question, d'artiste, maitre et oeuvres, se cachent plusieurs interprétations possibles. Je trouve assez moyen de rester cantonner à la définition académique attendue de ses différents mots, l'approche ouverte permettant d'opposer différents points de vue apportera à mon sens plus d'éléments pour se forger une opinion sur le sujet.

L'artiste, celui qui fait de l'art est donc celui qui crée l'oeuvre. La création artistique c'est une faculté qu'a l'homme, de composer à partir de rien (nous y reviendrons) quelques choses de singulier, capable d'inspirer une émotion, de passer un message: une oeuvre.

Le maitre serait celui qui a le pouvoir, qui dirige, généralement d'autres hommes. En soi, apposer cette fonction à un objet et non à un être vivant est déjà litigieux. On ne peut pas être le maitre d'un objet, car il n'a ni conscience ni pouvoir intrinsèque. Un objet ne craint rien, la crainte d'être blessé, tué n'étant que l'apanage des êtres vivants.

En revanche, parler de "maitre" au sens "enseignant" est plus intéressant. Bien qu'on n'enseigne pas non plus à un objet à être ou devenir un objet, d'une certaine manière, à l'aide d'un savoir-faire, de techniques, on transmet à une oeuvre ce qu'elle sera (et non pas ce qu'elle est). Dans ce cas de figure particulier, l'artiste transmet quelque chose à l'oeuvre, la transforme, l'oeuvre acquière certaines caractéristiques que l'artiste aura décidé de lui donner, mais l'oeuvre n'en fera rien, elle n'a pas de capacité cognitive qui lui permettent d'utiliser ces capacités.

La différence entre un "créateur" (artiste) et un "enseignant" (maitre) est donc déterminée par la faculté qu'aurait l'oeuvre d'elle même utiliser les caractéristiques données par son géniteur pour réaliser à son tour quelque chose de neuf.

Mais que "réalise" une oeuvre ? Rien, l'objet (l'oeuvre) est inerte. Une machine mécanique qui ferait du bruit ne "réalise" pas, elle ne "crée" pas de sons, elle fait du bruit, de manière déterminée sans possibilité de se rendre compte elle-même qu'elle réalise quelque chose (elle n'a pas la faculté de savoir qu'elle existe et donc de s'analyser et de se comprendre). L'artiste dans cette version n'est donc pas "maitre", car l'oeuvre n'est pas. Pourtant l'oeuvre une fois terminée est effectivement créatrice de quelques choses, mais ce ne sont pas les sons qui en sortiraient, mais bien les émotions qu'elle engendrerait chez l'observateur (l'auditeur) de cette oeuvre.

En effet, une oeuvre statique peut (et devrait) toujours créer une émotion chez celui qui la regarde, qui y est confronté. On peut être ému face à L'Angelus de Jean-François Millet, ce ne sont pas les coups de pinceaux du peintre qui créer l'émotion, l'émotion vient plus tard dans ce qu'inspire à l'observateur ce tableau. L'artiste à beau être aussi talentueux qu'il puisse l'être, il ne créer pas une émotion, jamais, il crée un "outil" permettant d'avoir des émotions quand on le regarde. Dans cette vision, l'artiste a donc "enseigné" à l'oeuvre comment "créer" des émotions. Elle ne le fait pas consciemment, mais c'est pourtant bien sa fonction première.

Quand on regarde une oeuvre, les sentiments qu'elle apporte en nous ne viennent pas de la toile, mais bien de soi. Lorsqu’une émotion nous envahit, celle-ci prend racine dans l'essence même de ce qui nous compose, notre passé, nos rencontres, nos enseignements reçus, nos expériences. En soi l'émotion n'existe que parce qu'on a "appris" à regarder et comprendre les choses, que nous sommes réceptif à l'art. L'oeuvre joue avec ça, elle va (rappelez-vous, objet inerte, qui n'a pas conscience d'exister...) réveiller des souvenirs en nous, émotionnel et rationnel, et nous, nous composerons inconsciemment une émotion avec ces éléments. L'oeuvre crée-t-elle l'émotion ? Elle y participe. L'artiste est-il un maitre là ? Il en est le déclencheur, en début de chaine.

Si l'oeuvre crée les émotions, l'artiste ne crée que l'oeuvre. Il met à disposition du public des outils qu'il conçoit et qui permettent de faciliter cette création par l'oeuvre, finalement, ni l'artiste ni l'oeuvre ne seraient maitres de quoi que ce soit ?

Un artiste quand il décide de concevoir une oeuvre a d'abord une idée. Une idée qui évoluerait durant tout le processus de création, prenant parfois des directions antagonistes à celle qu'il suivait au départ. Cette idée, d'où vient-elle ? En s'appuyant tout comme l'observateur de l'oeuvre, sur son expérience passée, il a la capacité de combiner une foultitude d'éléments que la vie lui a mis à disposition. L'artiste empreinte alors des idées d'autres (la peinture à l'huile, le chevalet, le concept de clair-obscur) qu'ils l'ont précédé. Bien sûr, l'artiste "invente", mais finalement pas beaucoup. Son génie réside dans sa force à combiner des éléments, consciemment ou inconsciemment pour créer l'oeuvre. Ce que l'artiste "enseigne" ou transmet à une oeuvre, ce sont des éclats d'autres oeuvres qui ne sont même pas tous de lui. L'artiste est donc "recycleur" d'idée quand il crée.

Même si on veut croire qu'il est propriétaire de ses idées, en réalité, il ne les possède pas plus que les matériaux qu'il utilise. La peinture achetée en commerce, la toile, le bois de la toile, le fil qui compose la toile, rien n'est oeuvre de l'artiste. Lui se contente de combiner ces éléments pour en faire du neuf.

L'artiste n'est pas un créateur, c'est un agrégateur de contenu qui le transforme pour lui donner la forme qu'il a imaginé et qui repose elle-même sur d'autres idées qui ne lui appartient pas. L'artiste est un connecteur entre des idées passées et des émotions à venir. Sa marge de manoeuvre est finalement très faible, mais étonnamment riche en possibilités, l'art de l'artiste réside à savoir sélectionner les bons éléments pour les transmettre à son oeuvre.

L'oeuvre ne peut avoir de maitre que si elle-même engendre une émotion (même minime) l'objet étant inerte et inconscient, l'artiste devra lui apporter la matière nécessaire pour qu'elle puisse le faire à son tour.

L'artiste est donc le maitre de l'oeuvre seulement si cette oeuvre transmet une émotion.

N.R. Vaste sujet, il y aurait encore mille choses à dire là-dessus :)

mardi 10 juin 2014

Orsay, le plus beau musée du monde

Je ne devrais pas l'écrire, d'ailleurs la plupart des musées que j'ai eu l'occasion de visiter sont fantastiques, invitant sans cesse à aller plus loin dans la découverte de l'art.

Mais Orsay n'est pas un musée, c'est d'ailleurs pour cela que c'est plus beau du monde. Non, le musée d'Orsay, c'est une gare, une gare ferroviaire placée stratégiquement en plein Paris, au bord de la Seine et qui connecte la capitale de la France à Orléans. C'était il y a longtemps, un parking, un théâtre, et encore plus loin, un palais incendié par la Commune de Paris, mais bien que la grande halle n'a plus vu de fumé ni de locomotive depuis des décennies, c'est toujours là où je vais quand je veux voyager dans le temps.

Mardi, 9h, une demi-heure avant l'ouverture, la plupart des gens préparent les fêtes de Noël, nous sommes en décembre 2011, il n'y a pratiquement personne, j'entreprends une petite série de photos des extérieurs du musée avant de me mettre hélvétiquement dans la file d'attente, courte, jusqu'à l'ouverture.

Un moment magique, le privilège d'avoir le lieu pour soi, les ombres des visiteurs s'évanouissant très vite, semblant disparaitre, absorbées par cette immense nef, ne laissant derrière eux que le son de leurs pas.

Tour à tour, je pars à la rencontre des chefs-d'oeuvre que j'avais préalablement choisis. Les raboteurs de parquets de Gustave Caillebotte, Le labourage nivernais de Rosa Bonheur ou encore Dante et Virgile de William Bouguereau. Tour à tour, je me retrouve seul, en tête à tête, avec les toiles, tour à tour, je m'évade, observant chaque coup de pinceau, chaque trait de lumière imaginé par l'artiste et rendu avec ce talent si rare qui t'offre sur un plateau d'argent bien plus qu'une image: une émotion.

Voici quatre images du musée d'Orsay. Seule la première a été réalisée ce jour-là, j'ai eu l'occasion d'y retourné et de réaliser les autres plus tard.

image description

image description

Musée d'Orsay 3

Musée d'Orsay 2